Speaker 1 (00:00.436)
Certains médecins m'ont dit qu'ils avaient tendance à regretter d'avoir pris cette décision au regard de toutes les souffrances que ça a représenté pour moi. Mais moi, je me dis que ça m'a permis de me souvenir et puis d'être consciente aussi de tout ce qui passait autour de moi, de voir toutes les personnes qui ont oeuvré pour ma survie, toutes les personnes aussi qui m'ont soutenue. Donc, même si ça m'a exposé à des choses extrêmement douloureuses, je crois que ça aussi permet, le fait d'être éveillée, de me donner les ressources pour m'en sortir plus tard.
Vous écoutez Bien à mon compte, le podcast business et bien-être pour les indépendants qui veulent transformer leur activité en une source de revenus réguliers, d'impact et d'épanouissement.
Je m'appelle Kasia, je suis à mon compte depuis 2009 et je suis bien placée pour savoir qu'être indépendant c'est une aventure passionnante. Mais parfois c'est aussi se sentir seul face à des défis complexes. Pouver des clients, jongler entre les projets pro et la vie perso, ou encore traverser des périodes de doute et de creux, surtout quand on est hyper sensible et cérébral comme moi. Dans ce podcast, je partage des stratégies concrètes pour se faire connaître et signer plus de clients.
Des outils pour calmer les ruminations et les montagnes russes émotionnelles, ainsi que des interviews d'indépendants inspirants qui montrent les mille une façons de s'épanouir à son compte. Alors si tu veux plus de clients, plus de plaisir et plus de sécurité dans ton activité indépendante, écoute l'épisode d'aujourd'hui.
Speaker 2 (01:23.726)
Aujourd'hui dans le podcast, je reçois Katia Ganti, une comédienne dont la vie a basculé à l'âge de 29 ans, lorsqu'elle s'est retrouvée hospitalisée d'urgence dans un état critique de son séjour à l'hôpital. Elle a tiré un récit qui est devenu ensuite une pièce de théâtre et je l'ai invité aujourd'hui pour parler de résilience et comment transformer les épreuves en avancées constructives, voire les sublimer dans les œuvres d'art. C'est parti ! Bonjour Katia, je suis vraiment contente de te recevoir dans ce podcast aujourd'hui.
Merci à toi de m'accueillir, je suis très contente aussi.
beaucoup de questions à te poser, avant de rentrer dans le cœur du sujet, est-ce que tu peux te présenter et nous dire qui tu es ?
bien je suis Katia Ganti, suis comédienne et autrice. voilà ça fait une... je pense, mon Dieu, une quinzaine d'années que je fais ce métier de comédienne. En revanche, autrice, je crois que je le suis depuis beaucoup plus longtemps que ça. J'ai commencé à écrire quand j'étais toute petite. suis quelqu'un qui a du mal à parler souvent donc l'écriture c'est un peu mon...
ma sortie de secours depuis que je suis en âge d'écrire. Voilà.
Speaker 2 (02:37.546)
Revenons à ce moment d'avril 2016, quand tu rentres chez toi et que tu te sens pas très bien.
Je me sens même très mal. J'étais malade depuis déjà plusieurs jours. J'avais une grippe. Donc ce n'est pas très original comme ça. Mais il se trouve que la grippe s'est aggravée très brutalement. C'était début avril 2016. Il y a eu un jour où j'ai appelé un médecin de SOS médecin, parce que j'étais déjà trop faible pour sortir de chez moi, qui est venu, qui a confirmé le diagnostic de la grippe.
mais voilà, qui m'a dit qu'il n'y avait rien de plus à faire, qu'il fallait simplement que je me repose. Après ça venu, j'ai fait un très gros malaise le lendemain chez moi. Et par chance, c'est un moment où une amie devait passer m'apporter des médicaments et à manger aussi. Elle devait passer dans l'après-midi. Et j'ai fait ce malaise avant qu'elle arrive. J'ai un souvenir assez... Je ne pas comment dire, c'était quelque chose d'assez écrasant.
où j'ai tout de suite senti que c'était quelque chose qui ne m'était jamais arrivé, que c'était quelque chose d'inédit. J'ai vraiment senti mon cœur s'emballer et j'ai eu l'intuition que d'ici quelques minutes, je n'allais plus pouvoir me lever. Donc je suis allée ouvrir ma porte et je me suis allongée par terre et j'ai attendu. Et je ne sais pas combien de temps plus tard, moi ça m'a peur eu très long parce que dans ces cas-là, la perception du temps est un petit peu distordue, on va dire, mais mon ami a fini par arriver.
et elle m'a trouvée comme ça par terre et elle a appelé les secours. Les pompiers sont arrivés, puis le samu et on m'a transporté directement en réanimation. Puisque ce qui se passait, c'est que j'avais effectivement la grippe, mais que la grippe avait entraîné une péricardite, est une inflammation de la membrane qui entoure le cœur. Et cette inflammation était tellement violente qu'il a plein de liquides inflammatoires qui s'étaient formés autour du cœur.
Speaker 1 (04:31.47)
et ça a entraîné ce qu'on appelle une tamponnade, c'est-à-dire que le cœur est compressé parce qu'il trop de liquide autour et il ne plus se contracter normalement. Et donc ça, c'est une situation d'urgence absolue qui doit être prise en charge vraiment très rapidement parce que sinon ça peut mener au décès puisque le cœur ne peut plus éjecter le sang correctement, donc les organes finissent par péricliter. ce qui s'est passé. Donc ce n'est pas forcément une chose à laquelle on s'attend quand on a un voie-tenement et qu'on a la grippe.
t'étais en très bonne santé.
Oui, oui, j'avais jamais rien eu de grave avant. On a découvert après coup que j'avais une maladie auto-immune, fait, mais qui n'avait jamais été décelée. Et c'est ça qui a fait que la grippe s'est autant aggravée, cette défaillance auto-immune. Mais c'est vrai que ça, j'aurais pas pu le deviner avant, qu'il n'y avait pas de raison de soupçonner que j'étais porteuse de cette défaillance-là.
Là tu es en réanimation dans un état très grave et les médecins prennent décision qui est de te brancher à une machine de circulation extracorporelle sans sédation.
Donc ce qui s'est passé effectivement, c'est qu'ils ont décidé de me placer sous circulation extracorporelle. Ça c'est une technique assez courante quand le cœur est en défaillance aiguë. Ils m'ont posé une machine qu'on appelle une ECMO. Donc en gros, pour expliquer ça de la manière la plus simple possible, c'est une sorte de pôte qui aspire le sang désoxygéné du corps et ensuite qui le réinjecte dans l'artère fémorale, une fois réoxygéné.
Speaker 1 (06:05.55)
D'où le nom de circulation extracorporelle. C'est qu'on est comme greffé à la machine avec des gros tuyaux et donc tout le sang circule hors du corps. Normalement, les patients à qui on fait ça sont intubés, sédatés et ils sont plongés dans un coma artificiel. Là, dans mon cas, ils pensaient qu'il avait un risque trop important d'arrêt cardiaque s'ils m'endormaient. Donc ils ont décidé de ne m'endormir. Et il se trouve que j'étais aussi une patiente assez docile, assez calme.
qui se sont permis de prendre ce risque-là de ne pas m'endormir.
Tu regrettes cette décision ? Tu aurais aimé que ça se fasse autrement ?
On m'a posé la question. De toute façon, ça s'est passé comme ça. Et sur le moment, je ne me suis pas posé la question de « est-ce qu'il a d'autres options ? Est-ce qu'on peut faire autrement ? » C'était une telle situation d'urgence que de toute façon, remettais ma vie et mon corps entre ces mains qui géraient la situation. Certains médecins m'ont dit qu'ils avaient tendance à regretter d'avoir pris cette décision au regard de toutes les souffrances que ça a représenté pour moi. Mais moi, je me dis que ça m'a permis de me souvenir.
et puis d'être consciente aussi de tout ce qui passait autour de moi, de voir toutes les personnes qui ont œuvré pour ma survie, toutes les personnes aussi qui m'ont soutenue. Donc même si ça m'a exposé à des choses extrêmement douloureuses, je crois que ça aussi permis le fait d'être réveillée, de me donner les ressources pour m'en sortir plus tard.
Speaker 2 (07:31.182)
C'est un peu comme si tu avais passé ces semaines dans un Locked-In Syndrome presque. Parce que tu peux pas bouger, pas communiquer avec le reste du monde. Comment tu fais pour péter un câble ?
Et ben c'est une bonne question. J'ai quand même pété des câbles intérieurement, en même temps je me suis très peu autorisée à sortir toute ma douleur, toute ma peur. Il n'y a eu qu'un seul moment où j'ai vraiment craqué. Mais je me maîtrisais beaucoup parce que j'avais la sensation qu'il n'y avait pas la place pour ça. J'avais bien conscience que mon état était extrêmement critique et qu'il fallait que je...
rende aussi le travail plus facile pour les soignants autour. Donc je me suis dit que plus je serais calme et plus j'aurais de chance de m'en sortir.
raconte des choses extrêmement dures mais dans ton récit il a pas de pathos. Chez toi on sent plutôt l'inverse, on sent beaucoup de gratitude, sent dès que tu as la possibilité de prendre un peu de légèreté ou prendre ce que j'appelle un win tu Une petite victoire c'est célébrer avec beaucoup de joie et c'est ça que j'ai beaucoup apprécié. Comment tu as arrivé à transcender ça et ne pas sombrer dans le mode victime justement ?
j'y ai sombré dans le mode victime. C'est juste que je pense que tout ça ne se fait pas d'un coup. Disons que le recul que j'ai maintenant, évidemment, je l'ai pas toujours eu. Et je crois que parfois, quand on traverse des phases extrêmement difficiles, et notamment des douleurs, surtout la douleur physique, c'est vraiment quelque chose qui dépossède soi. Je crois que parfois, c'est inévitable aussi de passer par des moments où on tombe dans la plainte. Et j'en ai eu des moments comme ça.
Speaker 1 (09:09.322)
En fait, crois que ce qui est important, moi, ce qui m'a beaucoup aidé justement, c'est quand on m'a autorisée à aller mal. Il a un médecin que j'ai vu quelques temps après mon hospitalisation et à un moment où vraiment j'étais en dépression, vraiment. Et il m'a juste dit, mais en fait vous avez le droit, c'est normal, vous avez traversé un traumatisme, vous avez le droit de ne aller bien. Et ces paroles-là, très très simples.
dans ton roman.
Speaker 1 (09:37.246)
Elles m'ont énormément soulagée parce que c'était la première fois qu'on m'autorisait en fait à être déprimée, à être angoissée. Et c'est justement une période pour le coup où là j'étais vraiment dans la plainte, je voyais que mon malheur quoi. Et on est aussi très égoïste dans ces moments-là.
Combien de après, tu as sorti de l'hôpital ?
Ce médecin-là, l'ai vu en novembre et j'ai été sortie en juin. Donc voilà, ça fait trois, quatre mois après la sortie de l'hôpital.
C'est peu fascinant cette temporalité parce que je l'ai retrouvée dans d'autres témoignages où c'est comme si sur le moment on avait la ressource pour encaisser et puis dès que ça va mieux le tonnerre arrive et là on s'en prend plein la gueule.
C'est exactement ça. Quand j'étais en réanimation, c'est un service de toute façon de l'urgence absolue. Tout est violent, tout se passe extrêmement vite, on s'en prend vraiment plein la gueule à chaque seconde, à chaque minute. Mais du coup dans ces moments-là, moi j'ai mis vraiment toute mon énergie sur un seul objectif qui était survivre. Et j'ai mis toute ma concentration, toute ma force mentale là-dessus. Mais quand on utilise autant de force mentale dans un temps aussi resserré,
Speaker 1 (10:49.654)
crois que c'est normal après de ne plus avoir de ressources, fait, de ne plus avoir d'énergie. On a besoin de se recharger. Et ce qui est dur aussi, c'est qu'on n'est pas préparé à ça, à l'après. Parce qu'on se dit qu'une fois que la tempête est passée, ça va aller mieux tout de suite. Et en fait, non, c'est normal d'avoir un temps de, comme tu dis, de où on se prend tout dans la gueule juste après, parce qu'en fait, il a une sorte d'effondrement, je dirais une sorte d'effondrement moral qui se produit parce qu'on a utilisé toutes nos ressources et...
On n'a pas encore la matière qu'il faut pour se recharger. Et ce temps-là, je crois que c'est le plus compliqué. Franchement, ça a duré plusieurs mois. C'est assez dur, cette question de dater les choses, parce que c'est pas très linéaire, en fait. Il y a eu vraiment plusieurs mois très très durs, puis après on remonte un peu, mais parfois on redescend, puis on remonte, on redescend. Et je crois que j'aurais aimé qu'on me dise...
Ça a duré combien de temps pour toi ?
Speaker 1 (11:43.982)
C'est pour ça que ce médecin qui m'a dit que c'était normal, ça m'a vraiment soulagé parce que ce côté montagne russe, on s'y attend pas. Mais en tout cas, on remonte, ça c'est sûr.
on parle de progrès, ce que tu dis de façon linéaire, se représente en 2D, en deux dimensions. Exactement. J'ai l'image de la spirale ascendante. En fait, tu tournes en rond, mais tu tournes pas vraiment en rond. Tu repasses par des endroits similaires, mais tu pas exactement moment droit. Et c'est à force de repasser que tu progresses. Et à un moment, tu sors de la spirale et c'est fini. Mais le temps de sortir, tu as l'impression de tourner en rond. Tu as l'impression de repasser au moment droit. as l'impression d'avoir des hauts, des bas, mais ce jamais le même bas. À chaque fois que tu remontes, tu remontes un tout petit peu plus haut.
Ouais, ouais, je suis assez d'accord avec ce que tu dis. Je dirais quand même qu'il y a eu bien quatre ans vraiment difficiles après la sortie de l'hôpital parce qu'en plus, il y a eu le Covid, il y eu les confinements. Les circonstances de ce que j'avais vécu ont rendu les confinements et l'angoisse du Covid encore plus pénibles. Même si dans ces années-là, il y a aussi eu des très belles choses. Je crois que c'est important de donner la nuance aussi. Là, je sens que la distance que j'ai prise est quand même...
assez importante et que je me sens plus solide, une meilleure gestion des moments difficiles et aussi un regard différent sur moi-même. Plus doux en fait. Parce que ce qui est dur quand on a vécu quelque chose comme ça et qui atteint le corps, quand on traverse une maladie, c'est de garder l'estime de soi aussi. On peut avoir tendance à s'en vouloir à soi-même, à en vouloir à son corps, à être retourné contre soi-même. Je sais que maintenant, quand j'ai des problèmes de santé, puisque je peux encore en avoir,
j'ai regard complètement différent là-dessus, plutôt dans la gratitude de, bah j'ai encore un problème de santé mais j'arrive quand même à faire ça et ça et je traverse quand même les choses. Et du coup j'ai un regard plus positif, même si ça reste dur et que je peux avoir des moments de douleur, je vais le voir avec plus de tendresse pour moi en fait, et pas d'autoflagélation.
Speaker 2 (13:40.642)
Et quand tu as commencé à écrire, est-ce que c'était dans un désir de de journal intime, de témoigner de ce qui s'est passé ou est-ce que tu sentais au fond toi il faut que je raconte cette histoire, il faut que j'en parle ?
Au tout début, j'ai commencé à écrire, j'étais encore à l'hôpital, je venais juste de sortir de réanimation, j'étais en soins intensifs de cardio, un élan vraiment, oui c'est ça, un élan de survie. puis, petit à petit, j'ai pris conscience que ça pouvait peut-être être utile aussi pour d'autres gens. Et le déclic qui s'est fait quand j'ai fait lire ce journal hospitalier à une partie de l'équipe de réanimation et que j'ai reçu des retours,
auxquelles je ne m'attendais absolument pas. Déjà, ils ont lu mon journal extrêmement vite et j'ai eu des retours vraiment de gratitude. Ils étaient extrêmement émus et aussi ils étaient contents d'avoir des retours sur leur travail parce qu'ils en ont jamais. Et ça, j'avoue que je ne m'attendais pas à ça. Je ne pensais pas que ça pouvait leur être utile. Je pensais qu'ils allaient se dire, mais c'est quoi cette patiente qui nous envoie 500 pages de journal ?
Et pas du tout, ils étaient très curieux justement d'avoir nous ressenti et ils m'ont tout de suite dit mais ça il faut en faire quelque chose, faut que plein de médecins le lisent, il faut que des infirmières le lisent et là, là c'est devenu autre chose.
C'est là qu'on rentre dans la deuxième partie de ton aventure.
Speaker 1 (15:06.254)
Là, je me suis mise en quête d'abord d'un éditeur et il se trouve que j'ai trouvé assez rapidement. Je ne pas comment ça s'est bien goupillé.
Mais parce que ton récit est fort, Katia !
Alors oui, mais je pense aussi que j'ai eu de la chance niveau timing. J'ai envoyé un éditeur qui se trouve qu'à ce moment-là, il partait en week-end et il avait une pile comme ça de manuscrits à lire et il a pris le manuscrit qui était sur le dessus et c'était le mien. Et il m'a tout de suite appelé en disant que voilà, que ça l'intéressait. Ça a été publié très vite puisque le livre est sorti en novembre 2017, sachant que j'étais sortie en juin 2016 de l'hôpital. Donc c'était très rapide.
Et c'est vrai que la publication du livre, a vraiment ouvert un autre banc de l'histoire. Ça a permis de je crois, vraiment de me rouvrir un peu au monde. Parfois, quand on est dans une très grande souffrance, on est très tournée sur soi. Et là, j'ai pu vraiment rétablir le dialogue que j'avais pas eu à l'hôpital avec les soignants. J'ai eu beaucoup de retours, beaucoup de retours de soignants.
Il a été assez vite mis au programme de pas mal d'ivecies, donc c'est les instituts de formation soins infirmiers. Donc j'ai reçu aussi beaucoup de messages d'élèves, infirmiers, infirmières. Et ce lien-là, je pense que ça a vraiment été une étape vraiment importante de mon parcours de reconstruction, fait, parce que je ne pas comment dire, c'était un cadeau, quoi. Cette espèce d'expérience horrible qui me paraissait être juste un noyau de douleur vain et stérile.
Speaker 1 (16:40.342)
ça pouvait mener à autre chose plus tard, au dialogue et se dire que peut-être avec ce récit-là, les prises en charge allaient évoluer et je le vois dans les discussions, il y a beaucoup de gens qui me disent j'y pense, je pense à votre livre quand je suis dans la chambre avec le patient ou la patiente.
ça a changé par exemple ? Est-ce tu peux donner un exemple
Là, le premier exemple qui vient, c'est une médecin, je sais plus si elle était d'ailleurs en réanimation ou dans un autre service, mais qui m'a dit « maintenant je tiens plus souvent la main de mes patients ». Et ça paraît être d'autres choses, mais pour moi c'est énorme, parce que j'aurais tellement aimé qu'on me tienne plus souvent la main à l'hôpital. Donc le fait de me dire que peut-être avec ce récit-là, il y a d'autres patients qui souffriront un peu moins et...
d'autres personnes à qui on va tenir la main et qui pourront avoir un moment de réconfort. C'est très important en fait parce que c'est grâce à ça qu'on tient, c'est le lien.
C'est un peu dingue quand on y pense quand même que les médecins, les soignants n'aient pas ce feedback là plus régulièrement, que ce soit si rare.
Speaker 1 (17:49.206)
En ce qui concerne la réa, pour les autres services, ne pas, comme c'est un service extrêmement violent pour les patients, déjà il y a toute une partie qui ne se souviennent pas, puisqu'ils sont dans le coma, donc ils vont garder surtout un brouillard un peu de leur hospitalisation. Mais il y en a aussi énormément qui n'ont pas envie d'en parler, parce que c'est tellement violent que c'est dur de poser les mots après. Et puis parfois on a aussi l'impression qu'en en parlant pas,
on met ça derrière et puis voilà, n'en parlons plus, je ne plus jamais parler de ça et c'est fini. Et apparemment, c'est très rare les personnes qui sont d'accord pour partager leurs ressentis. Et ce qu'on a pu me dire aussi, puisque je participe parfois à des congrès aussi de soignants ou des journées de formation, on m'a dit que ce qui était intéressant dans mon discours, c'est que...
Même si évidemment je pointe les difficultés, les manquements, les maladresses, ce n'est pas non plus un discours de pure colère ou de procès contre l'hôpital. Même si parfois j'ai pu être en colère, je crois que j'arrive à dire les choses d'une manière qui peut aussi être entendue, parce que c'est vrai que c'est parfois difficile d'avoir des retours négatifs sur son travail. Ça, peux comprendre.
livre-sort, c'est un carton. Puis il y a eu le Covid qui a complètement remis sur le devant de la scène toutes ces problématiques de justement d'accompagner les patients, de gestion dans un cadre qui est absolument dingue, est celui du confinement et de...
Oui, effet, le Covid a vraiment remis, enfin pour un temps en tout cas, l'hôpital un peu au centre des discussions et surtout la réanimation. Ça a un peu fait découvrir le cadre de la réanimation au grand public, parce que c'est un service qu'on connaît peu, enfin heureusement en même temps. Et à ce moment-là, moi mon livre n'était plus en librairie parce que malheureusement mon premier éditeur a fait faillite. Mais il se trouve que juste après le Covid, j'ai reçu un message d'une autre maison d'édition.
Speaker 1 (19:49.046)
Et là, mon livre a été réédité en version poche et ça a permis de lui ouvrir une seconde vie. Et c'est vrai qu'il a beaucoup circulé dans les hôpitaux et qu'après Covid, j'ai l'impression qu'il a encore plus circulé auprès des services de réa. Et le fait aussi qu'il soit au programme des écoles d'infirmières-infirmières, ça, ça lui permet aussi d'avoir une vie assez longue. que chaque année, il y a des nouveaux étudiants qui l'achètent. C'est assez étonnant ce parcours parce que souvent les nouveaux livres qui sortent,
Je sais pas, il peut y avoir des ventes, un pic de ventes juste après la sortie quoi. Et puis il a un temps de vie finalement qui parfois est limité. Alors que là, ils se vendent pas forcément énormément, mais en fait ils se vendent un petit peu tout le temps. Mais ça fait huit ans quoi.
C'est peut-être ça la clé aussi de sa longévité du succès, parce que tu traites de thématiques qui vont pas disparaître de si tôt, mais avec une approche qui est telle que quelqu'un qui se sent concerné peut le lire, se remettre en question sans se sentir immédiatement accusé. Et c'est très fort parce que c'est rare en fait.
Écoute, ça me touche beaucoup que tu me dises ça parce que pour le coup, autant la pièce de théâtre, là, il a vraiment une digestion entre guillemets et il y a beaucoup de recul par rapport au livre. Mais c'est vrai que le livre, je l'ai écrit tout de suite, donc il n'y a pas tellement eu de temps de digestion. Donc heureusement que ce n'est pas perçu comme une agression, mais c'est vrai qu'il a été écrit avec peu de recul.
Donc je suis contente qu'il soit quand même lisible et qu'il passe ce côté agressif.
Speaker 2 (21:26.966)
Et donc on arrive vers le chapitre au théâtre. es comédienne, on peut imaginer que les ponts sont assez faciles, mais raconte-nous.
Alors le théâtre, on m'a beaucoup posé la question quand j'ai sorti le livre. Vu que je suis comédienne, tout le monde me demandait mais pourquoi tu n'as pas fait une pièce ? Et moi, tout de suite après l'hôpital, ça me paraissait impossible. Parce que justement, j'avais l'impression que le passage à la scène nécessitait beaucoup plus de recul que l'écriture du récit. Et au printemps 2018, je me souviens, parce que je sortais d'un rendez-vous à l'hôpital justement, et j'ai croisé un des docteurs.
qui est dans mon livre, le docteur qui m'a opéré et que je surnomme dans le livre de Dr Vélo. Et je l'ai croisé ce jour-là à l'hôpital. Et il m'a demandé mes nouvelles et c'est là que je lui ai dit, alors que je n'avais même pas à commencer, mais je lui dit « Ah oui, je vais adapter mon livre en pièce, je vais faire un spectacle ». Je sais pas, c'est sorti comme ça, je pense que j'avais besoin de le dire pour acter le fait que j'allais commencer ça. Et effectivement, j'ai commencé ça, donc au printemps 2018, mais ça a pris beaucoup de temps par rapport au livre que j'ai écrit très vite.
Là, j'ai mis plus de quatre ans à faire l'adaptation. Bon, après je dis quatre ans, c'est mis bout à bout, parce que je n'ai pas écrit non-stop pendant quatre ans. Il a des moments où je m'y mettais et puis je faisais des longues pauses. Sur le moment, j'ai trouvé ça trop long et je me rends compte maintenant, je crois que c'était le temps nécessaire pour justement prendre le recul qu'il me fallait pour pouvoir jouer cette histoire sur scène. Parce que je savais que je voulais l'interpréter. Ça, c'était quelque chose, une certitude que j'avais dès le départ. Je voulais que ce soit un seul en scène.
comment tu te l'expliques.
Speaker 1 (23:00.918)
et je voulais jouer ce seul en scène. Et je crois que pour pouvoir faire ça, il fallait du temps, il fallait de la distance, parce que ça n'aurait pas été possible si j'avais été en souffrance sur scène, en fait.
c'est quand même différent de raconter une histoire et de la faire revivre et de l'amener ton propre corps à revivre ça. Je pense qu'il a une question aussi de un risque de re-traumatisation.
Oui, pense que exactement ça. C'était se laisser le temps de pouvoir interpréter cette histoire sans être écrasée par l'émotion. Et encore aujourd'hui, ce spectacle représente une charge émotionnelle très forte, mais c'est une charge que je peux gérer. Et c'est surtout une charge qui maintenant me porte, plus qu'elle ne m'écrase ou me submerge.
Je sais que j'aurais des auditeurs et des auditrices qui seront intéressés pour savoir comment tu fais pour adapter un texte en pièce. Tu ce soit un texte que tu as écrit ou un texte dont tu achètes les droits. Est-ce que tu avais un producteur, est-ce que tu as tout produit toi-même ? Comment ça s'est passé ?
Alors le temps d'écriture, là c'était vraiment un temps ultra solitaire. Je savais que je voulais adapter toute seule. Donc j'avais des périodes où je m'y mettais de manière assez intense. Et ensuite j'ai besoin d'un long temps pour laisser, on va dire, macérer dans ma tête sans forcément y retoucher. Mais en fait dans ces périodes de macération, je reprends le terme, il se passe beaucoup de choses. Même si on a l'impression que je fais rien, en fait ça bouge dans ma tête et puis quand je m'y remets, je vais plus vite. Donc il y eu ce temps là d'écriture où j'étais vraiment seule.
Speaker 1 (24:32.95)
Quand le texte a été quasiment fini, je me suis dit que j'allais avoir besoin d'un metteur en scène ou d'une metteuse en scène. Et là, ça s'est fait de manière très très fluide. Puisque Eric Bu, le metteur en scène du spectacle, c'est lui qui m'a écrit. Il avait lu le livre et j'avais posté sur les réseaux sociaux, voilà, j'avais mis que j'étais en train d'adapter la pièce pour le théâtre. Et en fait, quand il a vu ça, il m'a écrit en me disant que lui, l'intéressait, que si j'avais besoin d'un oeil extérieur d'un metteur en scène, il était là.
Je lui ai envoyé mon texte, il a beaucoup aimé. On a fait une semaine de travail ensemble, peu de test, un peu en lecture sur les personnages. Ça s'est très bien passé, donc on s'est dit, continue. On a organisé une lecture en novembre 2022 au Théâtre Rive Gauche, est un théâtre où je venais de jouer un spectacle. Je connaissais l'administratrice des lieux à ce moment-là, elle a accepté de me prêter la salle pour la lecture.
les producteurs que je connaissais puisque j'avais ce même spectacle au Rive Gauche, étaient produits par ces producteurs-là, ils sont venus à cette lecture et ils ont tout de suite dit, on prend. Donc c'est assez drôle le contraste entre ce temps d'écriture qui a été très étiré, très long et en fait le moment de production, de mise en place du spectacle. On était en novembre 2022 et on dit direct, tu fais les Avignon 2023. Donc tout ça est allé très vite.
presque trop d'ailleurs le moment de la création j'étais submergée par tout ce qui se passait et justement là il y a eu beaucoup d'émotions qui se remontaient c'est un moment où j'ai été très très fatiguée et en même temps c'est une chance c'est incroyable
Comment s'est passé la rencontre avec le public ?
Speaker 1 (26:15.134)
Avant Avignon, a fait une avant-première au Trois Pierrot à Saint-Cloud. C'était une salle assez grande, je crois qu'il y avait 200, 250 personnes. Et j'ai un souvenir assez faux de cette première, où j'étais dans un état de stress inimaginable. vraiment le fait de porter, déjà d'être seule en scène et en plus de porter ce texte-là quand même très particulier, très intime, très chargé. Et ça s'est très très bien passé. C'est dur de dire en mots la vague d'émotions qui m'a traversée à ce moment-là.
mais j'ai souvenir de, à la fin, cette image incroyable de 200 personnes qui se mettent debout pour applaudir. C'était vraiment très très beau.
C'est-à-dire qu'il a tourné combien de temps au total ?
J'ai fait donc deux Avignon en 2023 et 2024. En 2024, j'ai fait également quelques dates de tournée. Je suis allée jouer à Monaco et à l'île de la Réunion dans un festival. Et là, maintenant avec mon exploitation à Paris au Gémeaux, j'en suis à ma... Lundi, j'ai joué ma 71e représentation.
On arrive dans la dernière phase. Parle-nous de tes nouveaux projets post-frottement du cœur.
Speaker 1 (27:23.63)
Alors je joue dans d'autres pièces qui n'ont vraiment absolument rien à voir. Mais c'est ça qui est drôle. C'est bien justement d'avoir des projets très divers. Je joue en ce moment dans les Trois Mousquetaires, une adaptation des Trois Mousquetaires avec une compagnie qui s'appelle Le Grenier de Babouchka, qui montre beaucoup de pièces classiques à Paris depuis de nombreuses années. Et là c'est une toute autre ambiance, c'est vraiment une ambiance familiale. On est 12 au plateau, donc il a un côté vraiment très regroupement joyeux.
et qui fait beaucoup de bien d'ailleurs parce que c'est vrai que c'est pas toujours simple d'être seule sur scène. Donc ça fait du bien d'avoir d'autres projets où voilà, il y a aussi du lien et de la chaleur humaine. Et j'ai aussi un autre spectacle avec cette même compagnie qui s'appelle Les Téméraires et qui parle de l'implication d'Émile Zola et Georges Méliès dans l'affaire Dreyfus. Voilà, c'est deux projets que j'aime beaucoup et qui me permettent vraiment d'avoir des respirations.
C'est très important pour moi d'avoir aussi d'autres projets en dehors de celui-là où justement je n'ai pas la même implication émotionnelle.
Dis-nous où est-ce qu'on peut venir te voir pour voir cette pièce, même acheter ce livre, ou te trouver sur les réseaux.
Alors, la pièce s'appelle donc « Les frottements du cœur » et on peut la voir au théâtre des Gémeux Parisien. C'est dans le 20ème à Paris, métro Gambetta. Et je joue les samedis à 17h15 et les lundis à 19h. Normalement jusqu'aux vacances de Noël, si tout va bien. Le livre, il est rarement en rayon parce que ça fait un moment qu'il est sorti, mais on peut le commander dans n'importe quelle librairie.
Speaker 1 (29:03.31)
Il est édité aux éditions Métropolis. Et sinon, on peut me trouver sur les réseaux, sur Insta, Katia Ganti. J'ai aussi une page Facebook, L'effrotement du coeur. Les autres spectacles, alors, bon, l'été Mérère, c'est en tournée. Mais les trois mousquetaires, c'est au Thèâtre du Palais Royal. Et ça se joue, c'est en mode tout public à partir de sept ans. Et donc ça se joue en journée. C'est à 14 heures.
pendant les vacances scolaires et sinon les samedis après-midi. Et c'est jusqu'au mois d'avril, jusqu'aux vacances de bât.
Comment tu fais pour gérer trois textes en même temps
Alors c'est une bonne question. J'ai pas encore commencé à jouer les deux spectacles en même temps. Là je vais avoir une représentation le 27 octobre où je vais jouer les deux, les trois mousquetaires et les frottements du cœur après. Mais je crois que les spectacles sont tellement différents que j'ai peu de risque de confondre les textes. C'est tellement pas les mêmes sujets, tellement pas les mêmes énergies. Oui, déjà faut les apprendre mais ça c'est fait déjà. Ce sont des textes que je sais.
déjà voir les apprendre !
Speaker 1 (30:09.742)
Après je ne ai pas appris en même temps. Les frottements du cœur, j'ai appris ça en 2023. Et étonnamment je les appris assez vite parce que le fait d'avoir écrit pendant si longtemps, j'avais beaucoup de choses qui s'étaient déjà imprimées. Ça a été étonnamment rapide l'apprentissage. Et puis les trois mousquetaires, j'y suis depuis l'année dernière. Et les téméraires, l'année d'avant. En tout cas, je n'ai pas dû apprendre les trois textes en même temps. Heureusement sinon, aurait peut-être été un peu beaucoup à apprendre.
Mais c'est pas forcément ça le plus compliqué. En tout cas pour les frottements du cœur, le plus dur, maintenant je suis un petit peu moins stressée, mais je trouve que le plus dur c'est de gérer la pression avant de rentrer sur scène. Ça peut m'arriver, même encore aujourd'hui, après 70 fois d'avoir vraiment des montées de panique, parce que le fait de se rendre compte qu'on est seul à apporter autant de textes, il a un côté vraiment vertigineux. C'est un peu comme un saut en parachute. Parfois on peut se demander juste avant de rentrer.
Et pourquoi je fais ça ? Et puis après, quand la représentation est terminée, on est quand même contents et puis on se rappelle, on fait ça justement.
Dernière question, Katia, je te réinvite dans le podcast dans 5 ans, qu'est-ce que tu voudrais pouvoir me dire
C'est dur cette question. Je crois que je ne même pas parler d'accomplissement, d'avoir écrit autre chose. Je crois que j'aimerais bien poursuivre dans cette bonne entente que j'ai avec moi-même depuis quelque temps. Et je pense que j'ai encore des progrès à faire de ce côté-là. D'avoir un regard, meilleure connaissance de moi-même et un regard plus doux.
Speaker 1 (31:51.01)
sur moi et sur aussi parfois mes failles, mes angoisses, mes moments de chute. Donc j'aimerais pouvoir dire dans cinq ans que j'ai un regard encore plus doux sur moi-même qui me permette aussi de mieux écouter les autres. Et puis, j'aimerais aussi pouvoir te dire que je suis toujours en bonne santé. Voilà.
Merci beaucoup Katia, merci beaucoup pour ton témoignage, pour tout ce que t'as partagé.
Merci à toi pour l'invitation, c'est très chouette. Merci beaucoup, Kasha. À bientôt.
Et à bientôt. Bonne journée. Ciao ciao.
Speaker 2 (32:30.678)
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